Bio AlgerAlger

Je suis né une fin de juillet 1951 à Alger. Enfance heureuse et insouciante jusqu’au douloureux choix de 1962. “La valise ou le cercueil ?”.
La famille quitte définitivement l’Algérie et débarque pour la première fois en France. Je suis brutalement confronté au cruel et humiliant accueil : nous sommes des “rats-pas-triés”. Vite, il nous faut reconstruire notre nid.

Grenoble

Le hasard guide nos pas jusqu’à la capitale du Dauphiné. Je prends immédiatement en grippe Grenoble, sa neige, ses montagnes, sa froideur. J’y vivrai vingt ans.
À 11 ans, je bats de l’aile à chaque étape de ma scolarité. Médiocre en toutes disciplines, mes rares moments de plaisir, je les trouve en cours d’arts plastiques. Adolescent, chaque jeudi après-midi, quand mes copains partent skier, moi, je me réchauffe dans la petite salle de la cinémathèque rue de Strasbourg. Je m’évade dans le silence noir et blanc de Carl Dreyer, de Murnau, de Fritz Lang.
Bio GrenobleMa curiosité me pousse régulièrement au musée des Beaux Arts, alors poussiéreux, ou encore jusqu’au Musée dauphinois : deux lieux dont je connais bientôt le moindre recoin, même interdit.
Sur ma demande, mes parents m’inscrivent aux cours du soir de l’école des Arts déco. J’y apprends les bases du dessin, de la sculpture, de l’architecture, de la lithographie, de l’histoire de l’art…
Touche-à-tout, c’est derrière une petite caméra, empruntée au ciné-club, que je concrétise mon premier grand désir : faire du cinéma !
Avec un copain de lycée nous bricolons un court-métrage, “Apolline”. Stupéfaction, notre étrange clip sera primé au festival d’Annecy.
Je me sens pousser des ailes. Depuis, je n’ai plus touché une caméra…
Rentrée 1967, tournant de ma vie. J’intègre l’École d’imprimerie et d’arts graphiques. Une première en France et à Grenoble : la célèbre école Estienne des métiers du Livre se décentralise. Un nouveau monde s’ouvre à moi ! Une pédagogie parfaite, des enseignants passionnants. Mais celui qui va définitivement m’éveiller c’est Honoré Parise, mon prof de maths, physique, chimie. Loin de sa discipline, ce charismatique colosse aux allures de pâtre grec me prend sous son aile et m’initie tour à tour à la photo, aux techniques de prises de vue et au travail en labo. Puis, c’est dans l’univers du théâtre qu’Honoré m’entraîne. À ses côtés, je partage mes plus fortes émotions : les pièces d’Albee, de Pinter, de Beckett, d’Arrabal… Le bonheur du théâtre ne me quittera plus jamais.
Honoré me fait aussi découvrir le jazz de Dave Brubeck à Colette Magny. L’effet Pygmalion s’intensifie le jour où il m’éclaire à l’art cinétique avec Soto, à l’Op Art ; puis à la sculpture de Calder, Gilioli… De toute cette époque, nait une profonde amitié. De notre collaboration professionnelle, paraîtront quelques affiches pour le théâtre et mes premières conceptions de journaux.

Bio ParisParis

En 1983, je quitte définitivement Grenoble. Direction Paris. Je vole désormais de mes propres ailes ! Je débute dans la presse féminine pour le prestigieux mensuel l’Officiel Femme. Son patron, Georges Jalou, typographe aguerri et directeur artistique, m’initie aux règles spécifiques et rigoureuses de la mise en page de mode.
Deuxième tournant de ma vie et autre hasard, le journaliste à la personnalité singulière et bouillonnante, Jean-François Kahn, projette de lancer son hebdomadaire d’information. Séduit par les idées que véhicule ce drôle d’oiseau je me lance à ses côtés, dans l’aventure de l’Événement du Jeudi. J’en crée la maquette et le premier numéro voit le jour un 1er avril 1984. Chaque jour et dix années durant, je vais y fréquenter les meilleures plumes de la profession.
Christine Ockrent me confie la conception des couvertures de l’Express dont elle dirige la rédaction. Pourtant c’est sans hésitation que je retrouve Jean-François Kahn, en 1997. Il désire fonder un nouvel hebdomadaire pour combattre la pensée unique : Marianne.
J’en assure la direction artistique. Je conçois, par la suite, une trentaine de magazines.
C’est à cette époque que je fais une étrange trouvaille, une vieille malle en bois contenant des milliers de plumes noires de cigognes et de buses. Ces plumes, en parfait état de conservation, sont calibrées et soigneusement rangées en fagots de vingt pièces. Le tout noué d’une fine cordelette rouge. À quel usage est prévue cette collection de plumes ? Par qui et dans quel but ? Aujourd’hui encore, je n’ai pas de réponse.

Exposition Patrick Di Meglio, CarquefouNantes

En 2003, je m’installe à Nantes et reprends mes créations-plumes. Inspiré par la profusion de cette matière naturelle et atypique, je réalise alors de nombreux tableaux et sculptures associant la plume à d’autres matériaux comme l’ardoise, le fer, le bois. Encore que, il faut comprendre que mes oeuvres ne sont pas “des sculptures”. Elles sont sans prélude, sans principe, mais le résultat d’une recherche passionnée et intuitive sur la matière. Celle-ci s’enrichit au grè de balades sur les rivages vendéens et méditerranéens.
Artiste plasticien, je me définis bricolo et le revendique, sans école, qu’elle que soit la discipline. Le hasard comme la nécessité sont devenus le terrain de mon inspiration. Pourquoi la plume ? Il ne faut y voir ni rapprochement quelconque avec la mythologie intellectualisée, ni lecture psychanalytique approximative. La pureté et la fragilité d’une plume comme la finesse de sa ligne me séduisent tout simplement. Elle semble réduire le spectateur au silence. Cela ne veut pas dire qu’on n’a pas envie de parler… Mais les mots tournent parfois à vide. Se taire. Chuut !