Traits et attraits de plumes

La maison recélait un trésor… Banlieue parisienne, 1994, une très grande malle en bois. Pleine d’une accumulation de plumes. Mystère et inspiration. Les plumes commencent une nouvelle vie : Patrick di Meglio, artiste plasticien, s’en empare. Pour lui, c’est le hasard du matériel qui donne le tempo de la création, alors c’est bien un trésor.
Au début, il utilise les plumes comme il les voit dans la malle, en masse. Presque de l’art déjà. Profite de cette profusion pour créer une matière-plumes, douce à toucher. Et y ajoute d’autres matériaux venus de la nature : ardoise, bois flotté… À chaque fois, un labeur acharné est nécessaire. Les plumes dansent, font la ronde, s’élancent, joyeuses et sereines.

Plumes et variations

totemQuelques années passent, l’artiste change de vie et range les plumes. Puis les ressort de leur malle. Et là, il lui faut bien constater que le temps les a abîmées. Ce n’est plus la même matière. Mais l’artiste aussi a changé et n’a plus les mêmes choses à dire. Alors, au lieu de jeter les plumes, il leur donne une nouvelle vie encore, les transforme, les dénude, les épure. Arrache vexille, barbe et barbules, brûle le duvet, pour ne garder que la tige, le rachis. Qu’il polit soigneusement au papier de verre. Regroupe par taille, accumule. Laisse des lots naturels, peint les autres en noir pour en faire une autre matière.
Sur fond blanc ou sur fond noir, par grandes surfaces, Patrick di Meglio juxtapose ou entrecroise alors les rachis, cinquante, cent, deux cents pour une pièce, comme autant de traits ou de coups de pinceau, créant un graphisme proche de la calligraphie. D’ailleurs, l’inspiration première est l’idéogramme chinois, dont l’artiste se détache vite pour laisser les plumes le guider, lui faire dire ce qu’il doit dire au moment présent.

Plumes et ombres

Si les œuvres sont proches de tableaux, elles ne sont pas pour autant une surface plane. Car les rachis sont légèrement décalés du fond, dans leur cadre épais. Du coup, la lumière, qui est toujours pour l’artiste un partenaire important, y joue à son aise. Elle crée des ombres qui croisent ou longent les traits des rachis. Traits irréguliers puisque les rachis de cigogne sont par endroits plus épais, créant aussi une ombre plus large. Un nouveau tableau apparaît alors, qui donne une impression de mouvement, de vie.
Les formes racontent des histoires riches et variées. Arrondis, horizontales croisant des verticales, hachures vigoureuses… sont toujours animés de mouvements pleins d’élan. Rien n’est figé, tout est maîtrisé. Chaque rachis ajouté est nécessaire et affirme le propos de l’artiste, jusqu’au moment précis où la pièce est complète. C’est tout à coup évident !
Pour les plumes, encore une nouvelle vie, pour l’artiste, de nouvelles choses à dire, de nouvelles façons de les dire.